Retour d’expérience sur les classes flexibles

Cette année, on a pu constater de votre intérêt à réfléchir à votre métier, à tester de nouvelles méthodes. Accompagnement avec Céline Alvarez pour certaines, École du dehors pour d’autres, et la fameuse classe flexible. S’étant elle-même décidée à tenter une année en classe flexible, « notre » Laurence Bourguignon a proposé d’organiser une après-midi pour témoigner de son expérience mais surtout la partager et échanger sur ces pratiques. Étaient présentes plusieurs institutrices, qui ont parlé entre autres de leurs impressions, du matériel, des résultats, et enfin des outils de découvertes. Au vu de l’engouement, deux autres moments ont été fixés en juillet, l’un de nouveau avec Laurence, le suivant avec Isabelle Coolens, notre madame Dys, qui pratique aussi une autre forme de classe flexible.

Laurence Bourguignon a proposé d’organiser deux après-midis pour témoigner de son expérience mais surtout la partager et échanger sur ces pratiques

FORSUD tendant toujours vers plus de découvertes d’outils et de méthodologies, nous vous proposons une synthèse de ces échanges avec un tour des idées reçues sur le sujet.

Mais tout d’abord, c’est quoi une classe flexible ? C’est tout simplement une classe où les élèves ont le choix de l’endroit et de la position dans lesquels ils vont travailler. On quitte donc le modèle de classe ‘rangs d’oignons’ où chacun à sa place pour basculer vers un aménagement rendant possible le travail en atelier et suscitant chez les élèves coopération et entraide.

Idée reçue n°1 :
« La classe flexible demande des espaces immenses »

Une cabane en tissu, des petites étagères sur lesquelles se trouvenet une multitude d'outils de travail et d'exercice.
Enlevez la majorité des bancs et armoires, et vous serez impressionnés de l’espace dont vous disposez.

On pourrait facilement croire qu’il n’y a pas assez de place dans une salle de classe pour la « flexibiliser ». Pourtant, enlevez la majorité des bancs et armoires, et vous serez impressionnés de l’espace dont vous disposez. C’est d’ailleurs la recommandation n° 1 de Debbie Diller, la prêtresse de la classe flexible : videz votre classe !
Si malgré tout, la place vous manque encore, pensez à de nouvelles solutions.
Par exemple, une institutrice nous a expliqué que maintenant, dans sa classe, le cartable n’entre plus en classe et reste rangé sous les manteaux, dans le couloir. Par conséquent, l’élève n’est plus encombré, il est plus mobile dans la classe. L’enfant ne prend que sa trousse et sa gourde avec lui, et la journée peut commencer. D’ailleurs, à la faveur de la classe flexible, de nouveaux outils peuvent être plus facilement intégrés comme l’ardoise ou la tablette numérique, les trousses pourraient même ne plus avoir d’utilité !

Idée reçue n°2 :
« Ils ne seront jamais d’accord ! »

Les parents souhaitent le meilleur pour leurs enfants, n’hésitez pas à communiquer, à expliciter.

Si vous souhaitez développer votre classe en classe flexible, le préalable est bien sûr d’en parler à vos collègues, votre direction, mais aussi aux parents. En effet, le changement parfois radical qu’impliquent ces aménagements peut interroger voire inquiéter certains. Les inviter à découvrir, répondre aux questions sont autant d’étapes indispensables au succès de votre projet. Ensuite, vous trouverez dans cet entourage des aides sérieuses pour développer votre classe. D’une manière générale, les parents souhaitent le meilleur pour leurs enfants, donc n’hésitez pas à communiquer, à expliciter.

Idée reçue n°3 :
« La classe flexible coûte un pognon de dingue »

Le canapé de Laurence Bourguignon, qu'on lui a généreusement donné.
Il ne faudra pas chercher loin autour de vous ce que d’autres n’utilisent plus et qui vous sera bien utile…

Contre toute attente, développer sa classe en classe flexible n’est pas aussi coûteux qu’il n’y paraît. Il faut sortir des images que l’on voit avec du mobilier scandinave hors de prix, des « swiss ball » à foison, des tapis moelleux dans tous les sens… la réalité est toute autre et transformer sa classe en classe flexible est tout à fait réalisable à moindre frais.

Pour commencer, le meilleur moyen est de faire de la récup’ ! Fauteuils, tapis, tables basses, canapés, il ne faudra pas chercher loin autour de vous pour sortir des caves et greniers ce que d’autres n’utilisent plus et qui vous seront bien utiles !
Autre exemple : utiliser des gros coussins qui vont vous permettre de commencer à créer des espaces. Là aussi, brocantes et vide-greniers seront vos meilleurs amis : on va y trouver une partie de son bonheur, voire de l’inspiration pour ses aménagements.
De manière générale, un conseil important a été donné : n’hésitez à pas demander de l’aide, à faire appel : vous risquez d’être surpris des résultats !
Grâce à du mobilier diverse, les élèves vont découvrir de nouvelles positions de travail. Il reste donc important de poser certaines règles, surtout si l’apprentissage requiert une position particulière. Évidemment, on ne va pas laisser les enfants s’allonger, appuyés sur leurs coudes pour apprendre à écrire.

Que ce soit pour le mobilier ou pour des outils de travail, misez sur la diversité et la multiplicité, sans pour autant être dans la profusion, afin d’encourager le partage et le travail en équipe.
On peut souvent constater que le passage en classe flexible amène d’autres changements radicaux. Par exemple, les enfants évoluant dans les positions les plus différentes, il n’est pas rare qu’on choisisse de beaucoup moins les faire travailler sur des feuilles. Oubliez les fardes et les armoires partout, et vive les ardoises et les Woody! En plus, c’est un cadeau à l’environnement 😉
Le maître mot est souvent la sobriété : diminuez également les affichages, qui ont tendance à « sur-stimuler » au lieu de soutenir l’apprentissage et encourager la curiosité. 

Idée reçue n°4 :
« Les enfants vont mettre le bazar, seront ingérables… Ils sont trop énergiques, c’est impossible… »

On pourrait aussi se dire que l’on va passer beaucoup de temps à tout contrôler, que ça va vite déborder. En pratique, on constate que tout se passe bien si on donne aux enfants l’opportunité de se responsabiliser, et si on explique correctement les choses. Vous allez leur proposer un tout nouvel espace de travail, complètement différent de celui qu’ils ont l’habitude d’avoir. Naturellement, les réactions et surtout les comportements vont être amenés à changer. Les élèves auront bien conscience d’avoir la chance d’être dans une classe où les espaces ne seront pas comme ils peuvent l’être dans l’esprit commun. En changeant le cadre, vous changez leur relation avec l’école. Et si classe flexible sous-entend liberté, il ne veut pas pour autant dire « joyeux bordel ».

Afin de ne pas avoir un capharnaüm dans la classe, il est aussi très important de commencer par apprendre aux enfants (et de prendre le temps) à ranger. Ranger son tapis de sol, sa chaise sous la table, remettre les objets là où ils les ont trouvés, etc. Et ne soyez pas étonné(e)s, certains chercheront à éviter la tâche, vous risquez aussi d’avoir des pertes.
Malgré tout, cela va leur permettre de se responsabiliser, mais aussi de s’approprier LEUR espace de travail. Pour les plus jeunes, une des instits nous expliquait qu’elle obtenait de biens meilleurs résultats en leur montrant calmement et minutieusement les gestes et en les répétant. On obtient dès lors une meilleure compréhension de la consigne. Elle soulignait aussi combien il est important de séparer la consigne de la démonstration : expliquer ce qu’on va faire, puis en silence, faire, afin qu’ils assimilent rapidement la façon de faire.
Au final, cela entraîne plus d’autonomie de leur part, mais aussi plus de calme et de sérénité dans la classe d’une manière générale.

On peut aussi imaginer que soit appréhendé le comportement de tel ou tel élève, souvent très agité et perturbateur… On serait tenté de vous dire que c’est justement pour eux que la classe flexible devient un lieu où ils peuvent se concentrer davantage sur ce qu’ils font que sur ce qu’ils doivent faire. Pour ceux-là en particulier, c’est loin d’être évident de devoir faire un exercice de calcul, penser à la fois au problème et à la posture qu’on doit tenir, religieusement.

Soyons honnête, au début, tenir sa classe en ordre n’est pas évident, mais ce n’est pas impossible pour autant. On n’aura pas du jour au lendemain une réussite à 100 % avec des élèves calmes et disciplinés. Vous serez amenés à faire vous aussi preuve de flexibilité, dans l’organisation de votre journée par exemple, ou des espaces. Ils découvriront ces méthodes, et vous aussi. Il faudra  être persévérant dans l’effort pour arriver au bout de ces changements. Il est important de s’aider en faisant une entrée pas à pas dans ces méthodologies. Ne vous laissez pas ronger par le doute et/ou la difficulté, restez optimistes, voyez les échecs comme des tentatives. N’hésitez pas, car c’est ainsi que vous trouverez vos marques, gagnerez confiance en vous, ça s’en ressentira et on vous fera plus vite confiance… surtout les enfants ! Et pour finir, quoi qu’il arrive, rappelez-vous d’une chose : à la fin, c’est toujours la maîtresse (ou le maitre bien sûr !) qui décide 😉 !

Idée reçue n°5 :
« Ça marche chez les autres, mais ça ne marchera pas chez moi »

Isabelle a réussi à développer la classe flexible en commençant par travailler avec des cartes à tâches.

Les doutes sont tout à fait compréhensibles. Transformer sa classe, sa méthodologie, c’est sortir de sa zone de confort. Si déjà vous osez sauter le pas, on ne peut que vous féliciter et vous encourager. C’est comme tout : il faudra des efforts et de la persévérance pour passer certaines étapes. Mais pensez au défi, au sentiment quand vous aurez réussi à passer des caps… pensez à l’image que vos élèves auront de vous, celle d’un.e adulte qui ose, tente et vit les possibles échecs comme des étapes et non des revers.
Alors lancez-vous ! Allez-y à votre rythme, sentez-vous à l’aise à chaque étape de votre progression. Surtout, n’ayez pas peur de mal faire ! 
Isabelle a réussi à développer la classe flexible en commençant par travailler sur les exercices des cartes à tâches, tout le déclic pour elle s’est fait sur ça.
Autre particularité abordée : n’ayez crainte si vous êtes avec des P6. Votre nouveau modèle éducatif les aidera à s’investir encore plus dans le secondaire et à être créatif dans leurs travaux. Ils pourront probablement mieux reconnaître leurs forces et leurs faiblesses et comment s’en servir. Ils auront aussi toutes les armes pour passer le CEB dans les meilleures conditions tant ce que vous leur donnerez en liberté et en confiance de soi sont des forces importantes au même titre que les connaissances.

 

Et vous, où en êtes vous sur les classes flexibles ? Est ce que cela vous effraie, vous inquiète ? Est ce que vous faites partie des instituteurs qui se sont mis à travailler ainsi ?

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