Des outils numériques libres dans les écoles pour la rentrée ?

Les logos de quelques logiciels libres...
Crédit image : https://fyouzan.ci/ – CC BY-SA

Début juillet, en collaboration avec quelques enseignants, j’ai rédigé une carte blanche intitulée « Des outils numériques sous licence libre dans l’enseignement pour une formation citoyenne, critique et responsable dès la rentrée de septembre 2020 ». Elle a été publiée le mardi 7 juillet 2020 sur le site de la RTBF et le mercredi 8 juillet 2020 sur Régional-IT. À l’heure ou j’écris ce billet, elle a déjà été signée par plus de 300 personnes et les signatures continuent de s’ajouter

Avec Forsud, nous utilisons et promouvons déjà principalement des outils numériques libres, tant dans les projets numériques que pour nos formations. Nos plates-formes Web sont également exclusivement bâties avec des logiciels libres. Quelques exemples ?

Pour les plates-formes Web :
WordPress pour ce site ainsi que tous les sites et blogs de classe sur « Classebanchée »
DokuWiki pour notre Wiki
Agora-Project pour la plate-forme collaborative « Agora » qui offre des « Espaces d’échanges et de partage de ressources pédagogiques entre les enseignants
Chamilo LMS pour l’apprentissage à distance sur « classenumerique.be »
• La visio-conférence avec Jitsi Meet ou BigBlueButton
Nextcloud pour stocker et partager dans notre « cloud » les fichiers, agendas, contacts, etc
LimeSurvey pour les enquêtes
PeerTube pour diffuser les capsules vidéo
• Ainsi que divers services hébergés par Framasoft ou Domaine Public comme EtherPad (Framapad), Framaform (pour tous nos formulaires d’inscription !) ou encore Framadate, …
• Et d’autres outils plus spécifiques comme Noalyss pour la comptabilité…

Pour les divers logiciels sur les PC (liste non exhaustive !) :
• La suite bureautique LibreOffice et plus particulièrement Draw pour créer des documents de classe
• Le navigateur Firefox pour « surfer sur le Web » et le client mail Thunderbird
OpenBoard ou Xournal++ pour travailler avec le TBI
• Des logiciels comme ffDiaporama, Audacity, VLC media player, OpenShot, Kdenlive, OBS Studio, etc pour le multimédia ou GIMP, Inkscape, Scribus, etc pour le graphisme
• Ou encore les systèmes d’exploitation GNU/Linux [Distribution Linux] pour remplacer Windows sur les PC, plus généralistes comme Ubuntu ou Linux Mint, ou plus spécifiques comme PrimTux, avec une pléthore de logiciels ludo-éducatifs, et qui permet de (re)faire fonctionner d’anciens PC qui ont 10 ans et plus !
• Et beaucoup d’autres logiciels libres comme VYM, 7-Zip, SumatraPDF, …

Et je ne ferai pas la (longue !) liste des logiciels libres pour tablettes et smartphones…

On le voit, les besoins courants sont largement couverts par les logiciels libres. D’autant plus qu’ils sont souvent de qualité et offrent toutes les fonctionnalités attendues par la grande majorité des utilisateurs. Il n’y a donc aucune raison que les enseignants se privent des avantages offerts par ceux-ci, surtout quand il est possible de les « offrir » aux élèves sans que cela n’engendre le moindre coût pour l’école ou les parents. Quand on y ajoute des avantages d’ordre éthique ou réglementaires – pas de pistage, respect de la vie privée et protection des données personnelles, respect du RGPD, … – on en arrive à la conclusion que, hormis pour quelques rares besoins très spécifiques, on peut aujourd’hui facilement se passer des logiciels propriétaires ou « privateurs » – privateur des 4 libertés garanties par les logiciels libres –, y compris à l’école, et plus généralement dans l’éducation. On peut citer, à titre d’exemple, l’Éducation nationale française qui ne s’est pas trompée, au début de la pandémie de la Covid-19, en déployant des outils libres sur la plate-forme apps.education.fr afin de permettre aux enseignants de travailler à distance.

C’est aussi le sens de l’interpellation que se veut être la carte blanche dont vous pourrez lire le texte ci-dessous. Et que nous continueront à porter auprès de nos décideurs. Elle compte déjà de très nombreux signataires (plus de 300 à ce jour), dont bon nombre d’enseignants, chercheurs, et aussi des personnalités, des députés, des anciens ministres, des professeurs d’universités, des patrons de société commerciales, le président de WBE et ancien recteur de ULG Bernard Rentier, ainsi que des citoyens aux titres divers. La rentrée scolaire est pour bientôt et nous espérons bien atteindre l’objectif de 500 signataires pour le 1er septembre. Si la communauté des enseignants de Forsud se mobilise, cet objectif sera rapidement atteint ! Un dernier petit « devoir de vacances » en quelque sorte… 😉


Erick Mascart – Le 23/08/2020

Signer la carte blanche !

 


Un livre bon livre à lire pour trouver des alternatives libres !

« Déclic – Comment profiter du numérique sans tomber dans le piège des géants du Web »

Lire la fiche du livre sur notre Wiki

Texte de la carte blanche

La période que nous venons de vivre a mis la société et les services publics à rude épreuve. Il a été une nouvelle fois évident, et c’est sans doute une des conclusions heureuses, que le rôle de l’État est essentiel au bon fonctionnement d’une société qui souhaite protéger ses membres. Pour assurer la continuité pédagogique en confinement, les enseignants ont majoritairement eu recours au numérique à marche forcée.

L’ordinateur, la tablette et le smartphone, formidables outils de communication, ont permis de récréer du lien entre les professeurs, les élèves et leurs parents, en mettant fortement en évidence les besoins de chacun en formation et accompagnement.

Les propositions de solutions ont surgi de toutes parts, en particulier d’un secteur privé pour lequel l’école est un formidable marché. Ces acteurs ont proposé gratuitement des outils, logiciels et contenus numériques, profitant de l’aubaine pour introduire à l’école des contenus et outils d’habitude jalousement protégés par des barrières d’accès telles le prix de licence d’utilisation. Une « première dose » dont un effet pervers est la mise en place insidieuse d’une dépendance. Il ne s’agit pas de critiquer la qualité des solutions, souvent très bonnes, ni leur prix. Le sujet de préoccupation est l’enfermement quasi systématique des utilisateurs dans des écosystèmes fermés, contrôlés par les éditeurs.

Face à la montée en puissance de la surveillance numérique généralisée, garder le contrôle de nos données et de nos outils est un enjeu majeur. Le logiciel libre et open-source constitue la seule réponse et se positionne comme une condition nécessaire mais pas suffisante pour retrouver cette maîtrise. Un logiciel libre n’a pas de restriction d’usage. Il est permis d’en comprendre tout le fonctionnement, de l’adapter sans limite et de le partager à nouveau.
Les GAFAM ne s’y sont pas trompés : leur infrastructure mondiale s’appuie entièrement sur les logiciels libres.
Ces derniers font tourner toute l’infrastructure d’internet, ainsi que nos smartphones.

Ceci prouve que les logiciels libres sont un socle sur lequel peut s’appuyer la création d’un emploi local et à haute valeur ajoutée difficilement délocalisable. En France, les services autour du logiciel libre constituent 10 % du marché de l’IT, avec une croissance annuelle de 9%, et représentent 60 000 emplois.

Par ailleurs, les logiciels libres, tout comme les contenus sous licence libre tels que Wikipédia, sont les plus grands projets de création collective de connaissance. En cela, ils mettent en avant la notion de bien commun et permettent l’émancipation de chacun, dans la droite lignée de la mission de l’enseignement qui est de former des citoyens responsables et conscients.

L’enseignement va faire un usage croissant des contenus pédagogiques numériques : le logiciel libre permet de mieux partager et réutiliser ceux-ci.

Les gouvernements wallon et de la FWB l’ont bien compris et le disent dans leurs déclarations de politique 2019-2024 (DCP et DCR).
Ils s’engagent à :

  1. Promouvoir et utiliser au maximum les standards ouverts et les logiciels libres au sein des écoles, dans les administrations publiques, pour les citoyens et les entreprises, notamment par des actions de sensibilisation et de formation. Et renforcer la formation des enseignants en la matière.
  2. Favoriser l’émergence d’un domaine public riche en contenus, notamment par la numérisation et la mise en ligne des archives appartenant aux institutions culturelles ou scientifiques, d’études, de documents à vocation publique, de cours, etc.
  3. Susciter la participation citoyenne, particulièrement en encourageant les communautés d’utilisateurs, pour une mise en commun et un partage des savoirs.
  4. Développer une plate-forme d’échange, de coopération et d’information en matière de logiciels libres et de standards ouverts entre tous les acteurs publics actifs dans le domaine des technologies de l’information.
  5. Plaider et œuvrer en faveur de la plus grande interopérabilité des systèmes, clé technique qui permet la mise en œuvre de l’open-access et de l’open-data.

En conclusion, nous, enseignants, parents et citoyens, restons attentifs à la nécessaire réflexion éthique et globale qui doit aujourd’hui précéder les choix concernant les outils numériques pour l’école et nous en appelons à « se poser les questions hors du cadre ». Nous souhaitons la mise en œuvre la plus large et la plus rapide possible des engagements du gouvernement et souhaitons savoir où en sont les réalisations une année après les promesses contenues dans les DPC et DPR. Nous pensons que le numérique doit rester un outil au service de l’humain, qui prolonge la pensée de celui qui l’utilise, qui complète les ressources existantes et ne doit pas s’y substituer. Un autre Internet et d’autres outils respectueux de nos libertés existent déjà : libre à nous de les découvrir et les utiliser. « Le numérique c’est comme l’argent, un bon serviteur mais un mauvais maître. »

Voir la liste des signataires…

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